J’en ai rarement eu grand chose à foutre de savoir quelle était la nature de ce que je voyais. Même les personnes que j’ai rencontré dans ma vie. Souvent mis de côté la question de savoir qui ils sont vraiment. Certes pas convaincu que quiconque puisse avoir accès à cette information et qu’elle puisse, le cas échéant, être exprimable. Puis les champs des possibles ouverts par les littératures philosophiques et les œuvres qui ont trituré la notion doxique d’identité (qui perdure d’ailleurs) en la piétinant parfois, ont tellement plus apporté à mes émotions personnelles que les autres…

J’en ai rien à foutre de savoir si ce que je contemple dans ces photos de Silabin sont des hommes ou des femmes ou les deux. Ça les regarde. Ca se regarde. Ca me regarde. Certains verront ces photos avec l’œil perturbé, d’autres avec la phrase d’André Breton en tête et en concluront qu’il s’agit bien d’art puisque ça choque. Je pense que c’est une fausse piste. Je pense qu’on projette son vécu par dessus celui du photographe quand on voit le monde par le petit bout de la lorgnette. Je pense qu’André Breton était un con d’ailleurs. Et j’ai pas envie de me justifier.

Silabin c’est beau, trash, frontal. Mais pas toujours. En fait, je trouve ça plutôt doux dans l’ensemble. On dirait que transparait tout le temps, notamment parce que les compositions ont une place de choix, un cadre, une sorte de background rassurant, sur lequel se reposer. Etrange sensation d’ailleurs. Car on le voit bien qu’on voyage avec Silabin, et dans des lieux qui donnent le tournis, font perdre les repères et ne rassurent pas. Et pourtant, on sent à la fois que le voyage nous porte très loin et nous assure le retour. Voyageur modifié sûrement mais qui a aussi médité dans le vide de toutes ces chambres d’hôtel. Et puis l’humour, ça rassure. D’où le LAUGH. Ça rassure et ça met un peu à distance.

Silabin, c’est un regard construit et des photographies qui emmènent sur un monde animé, où il faut savoir trouver la chaleur.

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>>> Silabin