Imiter, s’inspirer, regarder, qu’on le veuille ou non, occupe une immense partie du travail créatif. On se situe, plus ou moins consciemment, par rapport à ce que l’on a vu. Et même quand on ne l’a pas vu, parfois, car il baigne l’air du temps, il fait la mode. Génération tumblr, flickr, réseaux sociaux… viralité… on a trop vite cru que ce serait le moyen de faire émerger du frais, du neuf, du jamais vu, quand c’est aussi et surtout le moyen de standardiser par lot, en masse, les regardeurs, les suiveurs. Car le nouveau, comment voulez-vous que tout le monde le comprenne, puisqu’il ne ressemble pas à ce qu’il y avait avant, puisqu’il détermine les grilles de lecture de ce qui viendra après ?

J’ai crée ce blog dans le but de créer une sorte de communauté virtuelle -la mienne- autour de ceux que je suis depuis des années à travers leurs sites, leurs blogs, leurs plateformes. Des photographes, des pas photographes mais qui font des photos, des modèles, des types qui essaient, des vidéastes, des dessinateurs ou des peintres (moins souvent). Je le fais pour éduquer mon oeil et nous faire participer à ce projet commun. Je le fais pour alimenter – et pourquoi pas modifier – nos pratiques.

J’ai pris très peu de cours de photographie mais l’un d’entre eux m’avait marqué pour son protocole. On commençait chaque semaine le cours de la manière suivante: tous les élèves mettaient sur la table tous les clichés réalisés pendant la séance de la semaine précédente. Ensuite on triait. Le "bon", le "moins bon", le "juste", le "raté" et surtout, même si c’était "bon" on mettait de côté et on s’intéressait plus souvent à ce qui restait et qui ne ressemblait pas à ce que les autres avaient fait. Ainsi nous dirigions nous vers un regard sans arrêt renouvelé.

Ici, il y aura donc autant de choses qui font des familles, se ressemblent que de choses qui jurent et dépareillent. Pour le grave et le léger. Il y aura une place pour tout ça.