En 1999 alors que j’étais déjà le flegmatique impétueux que je n’arrive pas à devenir, j’avais écrit et publié ça dans une petite revue que tenaient des étudiants strasbourgeois, dont j’ai ensuite fait partie : « le poul-serrho » devenait alors « aghone ». J’ai choisi deux photos que j’ai faite à la même époque pour illustrer ou séparer les paragraphes. La photo des bancs avait été publiée avec l’article.

Après réflexion j’ai jugé bon de tailler les deux premières parties du texte car elles ne me conviennent plus… et du coup il ne reste qu’une photo…

Envie.

Le matin, c’est repos. Dans la chambre, pénombre, il est déjà tard. Se lever pour boire au robinet de la salle de bain. L’ivresse de la veille est oubliée, ne se fait pas sentir : la soirée au bar, le retour imprudent. Mais l’eau fraîche, au lieu de simplement activer le sang, anime une nausée quasi fiévreuse, un sang chaud s’empare du haut du crâne tandis que les restes de boisson se manifestent et tordent tout le ventre. La douleur se fait léthargie et fait perdre tout l’équilibre. Le regard dans le miroir renvoie un visage rouge, des yeux brillants, une bouche bée. L’eau fraîche coule dans le cou et fait frissonner le corps qui a mal. Douleur nevralgique. La langue est prisonnière de la bouche.

Recouché, le sexe douloureusement raide et la nette perception du cerveau comme d’un organe détaché dans la « boîte crânienne » comme s’il heurtait les os à chaque mouvement de la tête. Impossible de dormir. Se relever donne le tournis et dissuade. Aucun aliment, aucune boisson ne peut être ingurgitée. Impossible de vomir malgré la contraction de l’œsophage comme si une corde attachée à l’estomac était tirée, comme si c’était la langue qui tirait. Le corps à présent est une boîte hermétique. Allongé sur le canapé, devant la télévision, les mains moites.

Les terribles envies de sexe habituelles s’en sont allées. Arrive le regret de l’exagération, accompagné de la certitude de l’avoir voulue. Quelques souvenirs ponctuels se dessinent, mais c’est vague, restent des impressions : les filles qui se trémoussaient au bar, le regard des putes, accroupies, statiques.

L’avilissante nausée s’en va. Il est permis de bouger maintenant. Toilette, éveil, envie de sortir pour profiter de l’air du dehors. Mais c’est l’errance, l’oisiveté qui capte, imposant avec elle une effarante envie de nudité. Tombe le maillot de corps sale et chaud, tombe le caleçon en laissant sa trace sur les jambes, une petite sensation. C’est par le sexe que s’éprouve la nudité, on absorbe l’air de tout son corps pendant un temps. Tout nu, c’est la nudité qui est totale pas l’homme nu. C’est de là que vient l’excitation du sexe, le besoin de rester nu et de s’y voir, l’envie de toucher sa peau.

Devant le miroir, nu, toujours, le sexe en main, narcissique. Deux heures s’écoulent encore alors qu’il reste devant le poste de télévision allumé. Il se masturbe à plusieurs reprises jusqu’à ce que vienne le soir.