Des photos comme s’il en pleuvait, des images presque standards, que le premier coup d’oeil pourrait/devrait rejeter, mettre au banc, sur la touche. Indifférence provoquée par l’immersion dans un paysage trop familier, dans des lumières déjà trop connues, qui n’ont rien d’assez spécial. Non mais c’est vrai… l’oeil du public, en général, devrait être attiré par des effluves d’édulcorants dans les images, par du « à la mode », le bon script photoshop, ce qui qui pullule sur model mayhem par exemple. A quand la photo en odorama, pour qu’on se retourne plus facilement ? A quand le tape à l’oeil au sens propre ? A quand de nouvelles longueurs d’ondes, des encres fluos ? A quand des photos à consommer sur place, jetables, à emporter ? A quand le jet d’encre en pleine face ? Je trouve que les process de pornographisation du monde sont bien lents, que l’injection qu’on y a faite de stratégie marketing, de planification dans le temps (comme pour le design des voitures) rend la chute trop molle, trop douce, pas assez définitive…

Or on aurait pu espérer qu’en touchant vraiment le fond d’un coup, un rebond allait nous faire sortir la tête de l’eau plus vite…

On aurait pu espérer sinon, que le photographe Gustavo Minas, cherche à rendre la réalité plus fidèlement, pas en grossissant le trait. Non mais c’est vrai… elle sert à quoi la course à la technologie sinon ?

Le choix de ma sélection est à mettre à rebours de toutes ces choses qu’on ne fait que trop voir parce qu’on en a trop vues, de toutes ces clartés minées par l’absence de projet, de regard, de goût, de toutes ces cartes mimées…

Je trouve remarquable la façon dont Gustavo Minas nous fait regarder un environnement probablement familier et qu’il construit, reconstruit par ses photographies très graphiques, à la limite de l’abstraction. Il parvient à faire prendre de la hauteur à un regard qu’il place pourtant presque toujours au milieu des gens ou dans une proportion humaine. Le regard d’un passant, d’un réverbère.

Les personnages réels sont aussi très souvent secondés, dédoublés par des silhouettes plus noires, des ombres sur des murs, des morceaux de bonhommes qui passent, comme détourés sur la banalité d’un mur. « Qu’est-ce qui me garantit qu’il y a bien des hommes sous ces parapluies ? » demandait Descartes, dans une des phases du doute, alors que sa roulée importée d’Amsterdam devrait être un peu trop tassée.

Des ombres et des hommes comme des motifs dans des décors où chaque couleur est apposée avec un grand choix. Des rues comme les lignes pas droites d’un moleskine monté sur rouleau, des couleurs à la presse, des personnages comme autant de caractères.

Le reste des photos de Gustavo Minas, en-dessous

>>> http://www.flickr.com/photos/gustavominas/