Sélection de photos qui « partent dans tous les sens » comme on a envie de dire quand on a tant l’habitude de se laisser bercer par des univers divertissants et doux, dépourvus de heurts et d’intérêt. On est à un grand carrefour des œuvres picturales photographiques j’ai l’impression, depuis les années 90 environ. Le cinéma est un bon exemple. L’industrie ne s’est jamais aussi bien portée de son histoire, avec des chiffres records, et les films n’ont jamais été aussi pauvres et lisses, inexcitants au possible. Suffit d’essayer de ne pas vomir devant un programme ciné blindé de blockbusters français « à l’américaine ». La démocratisation des supports et des procédés, avec l’avènement du numérique, n’a pas produit d’élévation des styles et des contenus, de découvertes. On est loin des années folles du cinéma italien…

En photo il en va de même. Il faudrait créer le mot « easy watching » pour donner l’équivalent du « easy listenning » musical. Le narcissisme à son grand comble détruit l’autre par édulcoration du soi. De douceurs en sweetnesses, tout ce vide de l’être qui appelle sans cesse à vouloir être, vouloir être comme, sans jamais vraiment chercher ce qu’est son soi pourtant si propre. Négationnisme introspectif, être au monde sur le mode de la carence possessive, superficie des vides sans plateaux. Révisionnisme de l’existence par la consommation.

C’est dans ce contexte réflexif que j’ai eu un immédiat faible pour les productions biscornues de Jordane Yarden. On renoue avec des clichés dont la tendresse vient de la franchise dans la torture. On parcourt, on sent battre une onde, on sent qu’on est renvoyés à nous-mêmes par obligation volontaire, comme il se doit. Et puis j’aime les clowns trash.

J’aime beaucoup ce que fait Jordane Yarden et je vous invite à voir le reste.

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